Et nous continuons notre série de portraits, avec cette fois-ci, le photographe Cyril Casagrande !

  • C’est quoi ton blaze ? Pourquoi ? 

Mon nom c’est Cyril CASAGRANDE, je n’ai pas de pseudo, j’en ai eu plus jeune sur internet, mais aujourd’hui je n’en vois plus l’intérêt, même si je choisis ce que je montre et ce qui reste privé je préfère utiliser mon vrai nom pour une question d’authenticité.

  • Comment ta passion du deux roues a commencé ?

Tout petit, mes parents n’étaient pas motards, mais mon voisin si, et je le voyais avec ses motocross et sa gsxr 1000 air huile fluo des années 90, ça me faisait rêver. Du coup dès que j’ai pu j’ai acheté ma première moto, c’était un NSR 125 JC20 , le truc que je pouvais conduire qui ressemblait le plus à une sportive, avec son gros carénage, sa double optique et ses couleurs à la mode (c’était une fin 80’s début 90’s noire, verte, violette, avec une bande rose et des jantes blanches, la grosse classe) ensuite j’en ai eu deux autres, des plus récentes, noires et grises, mais le look était quand même bien énervé, et ça marchait fort pour une 125 ! La photo date de Noel 88, j’ai 5 ans, je viens d’avoir un Walkman sport jaune (et étanche) et un genre de jeu électronique avec une moto qui slalome entre les bagnoles sur 3 files, j’ai scotché des heures sur ce truc, je crois que mes parents ont regretté de me l’avoir offert tellement je le lâchais pas. Je pense avoir enchaîné plus de bornes avec cette bécane qu’avec n’importe quelle autre, je faisais le bruit des vitesses et tout, j’allais à 1000km/h au moins. Puis bon un jour est venu le déclic pour le permis, parce que la NSR ça avançait mais pour les longs trajets, les road trips etc, c’était quand même pas l’idéal, donc je me suis motivé et j’ai passé mon permis en 3 semaines, je suis rentré chez le concessionnaire et j’ai acheté une SV650N tout neuve… Que j’ai gardé 8 mois avant de la vendre pour une buell xb12ss, qui m’accompagne toujours depuis 2005. Je crois que je ne la vendrais jamais.

  • Là tu roules avec la Honda CB1000R, tu en penses quoi. ?

Au niveau de la Honda franchement, c’est une bonne moto, de part mon boulot de photographe j’ai souvent l’occasion d’essayer des motos, il y a évidement les brêles sur lesquelles je roule au quotidien et celles qui me sont prêtées le temps d’une journée de shooting. Faut avouer qu’avec cette CB1000R on en a pour son plaisir, la moto est hyper saine, semble hyper légère à conduire malgré ses 212 kg (j’ai en référence ma Buell qui en fait environ 180 à sec). Franchement ça pousse, ça pousse très fort, et on s’en rend pas compte car le 4 cylindres est hyper onctueux, ça cogne pas, ça tape pas, ça vibre pas, c’est vraiment ultra efficace, elle tient super bien le pavé même sur le mouillé, je dois avouer que l’ABS c’est rassurant. Alors évidemment ça n’a rien à voir en terme de caractère moteur avec un gros twin de 1200 cm3 mais franchement parfois c’est reposant aussi un moteur souple qui ne fait quand même pas de compromis sur les watts. Bref, rien à dire, c’est une bécane moderne, irréprochable en terme de comportement, et qui procure pas mal de sensations quand on enclenche le mode sport, et pour une fois sur une moto de série avec un pot d’origine, le bruit n’est pas moche !

Bon, un petit bémol quand même, pour le duo c’est pas l’idéal les cales pieds sont super hauts et du coup c’est pas très confortable pour un passager. Mais bon, en vrai qui achète ce type de moto pour faire du duo ?

  • Quand as-tu commencé dans la photographie ?

En fait j’ai toujours fait des photos, on m’avait offert un compta 35mm Nikon quand j’étais gamin, une dizaine d’années peut-être, d’ailleurs je l’ai encore et je fais encore des photos avec. Puis  j’ai décidé de passer pro il y a quelques années seulement. Au début comme tout le monde je crois que je faisais des photos pour garder des souvenirs tout simplement, puis je me suis rendu compte que je pouvais exprimer un peu plus que des souvenirs, que je pouvais surtout exprimer ce que moi j’avais ressenti à ce moment précis, comment je l’ai vu, comment je l’ai vécu, de part le cadrage, la lumière, le choix du sujet et de comment on le photographie, ça ne raconte pas la même chose. Comme j’aimais bien raconter des histoires mais que je ne suis vraiment pas doué pour écrire ou dessiner, je me suis tourné assez naturellement vers la photo, c’était plus accessible pour moi et ça collait bien à mon style de vie, la photo ça s’emporte partout, un boitier au final c’est pas si gros. 

  • Qu’est-ce qui t’a donné envie de te mettre à la photographie ?

Je bosse dans la publicité, et même si c’est créatif, mon boulot c’est de montrer ce qui fait vendre, j’avais envie de montrer des choses plus personnelles, non commandées par des marques. Aujourd’hui je bosse en photo avec des marques mais sans compromis sur les images. Je ne fais pas ma diva du tout hein, c’est juste que je tiens à ce que la photo reste un vrai plaisir. En fait comme je le disais, l’envie à la base c’était garder des souvenirs, puis après avoir compris que je pouvais faire plus que ça, que je pouvais exprimer une certaine vision de la réalité, « ma » réalité ça a été le déclencheur, je me suis mis la tête dans le guidon, enfin l’oeil dans le viseur. Quand je fais des photos je suis dans ma zone, dans ma bulle, je calcule a peine ce qui se passe autour de moi.

Pas que je sois particulièrement concentré sur mon sujet, je le suis évidemment, mais en fait je me laisse aller à « kiffer » l’instant. Un peu comme quand je fais de la moto ou de la plongée. Parfois j’ai même une petite musique dans la tête, une sorte de playlist qui colle à l’instant, et quand je retouche mes photos sur l’ordi, je me mets cette musique et je suis instantanément replongé dans les émotions de mon souvenir, ça me permet vraiment de faire ressortir tout ça dans mes clichés.

Beaucoup de gens me disent que parfois mes chromies sont trop marquées, qu’ils voudraient voir des choses plus naturelles, mais ce qui me plaît dans la photo c’est que justement je peux montrer ce que moi j’ai vécu, et comment. Si c’est dark, ben c’est dark, même si le moment ne l’était pas, et si c’est lumineux ou encore flou, peu importe si ça diffère de la vrai vie, moi c’est ce que j’ai ressenti, et c’est ce que j’ai envie de montrer. Pour ça je fais toutes mes retouches à la main, enfin quand je dis retouches je parle surtout de l’étalonnage couleur, car je ne retouche quasiment jamais mes photos et les recadre très très peu.

  • Tu viens d’où ? Tu résides où (une adresse exacte pour tes impayés) ?

Je suis né en Provence, j’ai grandi dans la garrigue, le pays de Pagnol et je vis depuis 15 ans à Paris, j’ai laissé mon accent là bas mais il n’est jamais bien loin en réalité. Pour les impayés il faut voir avec la compta je ne gère pas ça directement (on me souffle que je n’ai pas de comptable. Ah…)

  • Qui sont essentiellement tes clients ? des préparateurs / des particuliers ?

Les marques, je fais principalement des photos de type reportage, pris sur le vif. Il m’arrive d’organiser des shooting avec éclairage etc, mais ça reste plutôt rare, Les marques aiment bien m’envoyer couvrir un évènement (comme le Wheels & Waves pour Triumph l’an dernier) ça leur fait du contenu pour les réseaux sociaux. Aussi avec certaines marques, comme Honda avec qui je peux collaborer actuellement, me demande mon avis et ma vision sur une moto lors d’essais. J’aime cela car j’apporte également ma sensibilité esthétique en plus des sensations de conduite.

  • Tu roules avec quoi ?

Franchement ? N’importe quoi que je puisse démarrer. Si ça roule, que ça flotte, que ça vole, ça m’amuse. Mais au quotidien dans Paris j’alterne avec ma Buell xb12ss que j’ai depuis 15 ans, une Thruxton 900 carbu et une dominator 650 nx préparée et là j’ai une Honda CB1000R en prêt.

  • Quel a été ton meilleur voyage à moto ? Où aimerais-tu aller ?

Mon meilleur voyage en moto c’est le prochain, j’en ai jamais assez. Là je reviens des Cévennes avec quelques copains et on pense déjà à repartir, sur le trajet du retour c’était « on va où la prochaine fois ? Les vosges ? La corse ? En vrai j’ai fait le tour de l’Islande en voiture il y a 3 ans, depuis je rêve de le refaire en moto, les paysages changent tout le temps c’est à couper le souffle, j’ai du faire 3000 photos, ça a été super dur d’en faire le tri tellement tout était beau. Pour le coup j’ai peu de mérite, là bas il faut vraiment le faire exprès pour rater une photo tant tout est photogénique.

  • Ton événement de moto préféré ?

En fait j’adore les courses de sultans of sprint, c’est un peu un truc de punk, je les ai suivies l’an dernier sur 4 des 5 événements ou ils étaient et ça m’a permis de découvrir The Reunion à Monza ou encore Glemseck, c’est des ambiances complètement différentes, mais tant que je suis avec les potes je suis aussi bien au wheels and Waves qu’au Midnight Garage…

  • Quelle est ta vision de la scène custom actuelle ?

Je trouve ça cool que la moto ait le vent en poupe, il y a 15 ans quand t’aimais la moto, aux yeux des gens t’étais soit un kéké tuning en combarde VR46 fluo, soit un biker crasseux en gilet cuir à frange sans manches. Aujourd’hui la moto s’est démocratisée avec tout un engouement, il y a eu beaucoup de préparateurs plus ou moins doués qui se sont lancés, certains pour faire des sous, d’autres pour faire des belles motos. Avec le temps ça s’est écrémé un peu, le soufflet n’est pas retombé et les marques se prêtent au jeu avec des concours de prépa etc. Ça donne un nouveau souffle, je suis content de voir des bécanes différentes rouler quand je tourne la tête plutôt que 200x le même scooter noir avec top case. 

  • Ta chanson préférée ? 

Dépend du mood, je roule en moto sans jamais écouter de musique, mais j’ai toujours une petite musique dans la tête, l’autre jour c’était les whites stripes « Seven Nation Army » Ça m’a collé toute la semaine à cause d’un jeu de mot sur les Cevennes, là où on roulait.

  • Qu’est-ce que tu emmènes toujours avec toi ? Tes indispensables ?

En road trip avec les potes ? Les boules quies. Sinon j’ai toujours un canif à saucisson, histoire de pas être pris au dépourvu en cas d’apéro surprise. Je sors rarement sans le minimum de base, un briquet et le boitier, lunettes de soleil s’il fait beau et bien sur ma montre, c’est un peu une histoire d’amour avec la mécanique. Il y a quelques années j’ai fait un CAP horlogerie en cours du soir pour apprendre, en fait ma grand-mère m’avait donné la montre de mon grand-père décédé, un vieux truc à gousset, une montre de pauvre, c’était une copie d’une copie, un truc russe qui devait pas valoir plus de 5 balles sur une brocante, mais elle était cassée. J’ai voulu apprendre à la réparer moi même, de toute façon je n’aurais jamais trouvé les pièces, du coup j’ai appris. Maintenant elle marche nickel, je la porte de temps en temps, mais ça m’a fait découvrir tout un monde de la micro-mécanique. Je ne suis pas matérialiste mais je dois avouer que j’aurais beaucoup de mal à me séparer de ce vieux gousset. Au final quand je pars rouler j’ai pas besoin de grand chose, une bon équipement et de quoi payer l’essence.

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Mes indispensables

  • Ton préparateur préfère ?

C’est pas vraiment un préparateur même s’ils ont sorti sous le nom de PRAËM la BMW S 1000 RR de folie, Holographic Hammer qui est plus un studio de design. Sinon j’adore le Lucky Cat Garage et Workhorse speedshop, mais c’est beaucoup trop dur d’en choisir un seul, il y a plein de motos et préparateurs que j’ai envie de citer. Ludwig de chez St Brooklyn Motorcycle fait des trucs de dingue aussi.

  • Ton photographe qui t’inspire ?

En vrai en photo je m’inspire beaucoup du cinéma et de la bd pour tout ce qui est cadrage, couleurs etc, plus que de photographes, des types comme Gordon Willis (directeur photo du Parrain) ou encore Geoffrey Unsworth (dir photo de 2001 l’odyssée de l’espace) et évidemment Robert Richardson qui bosse avec Tarantino, Scorsese etc… Bref là aussi la liste est longue.

  • Ton film préféré ? 

De moto ? Ou Tout court ? C’est super dur de choisir, mais pour un film de moto, je prendrais surement Burt Munro.  Sinon le film que je peux regarder en boucle c’est Bienvenue à Gattaca, je l’ai encore revu avant hier. Tout est dingue dans ce film, il date de 97 et n’a pourtant pas pris une seule ride, que ce soit sur l’image ou l’histoire. Les acteurs, le sujet, la façon de le traiter, la musique, tout est excellent. Enfin moi le sujet me parle en tout cas, et je m’inspire pas mal des ambiances de couleurs dans mes photos. Le directeur photo c’est un Polonais, je me souviens plus de son nom j’avoue, mais je sais qu’il avait bossé sur du lourd aussi, la chute du faucon noir et un ou deux Harry Potter, bref le type est bon.